mercredi 01 décembre 2010, 14:31
Quand ils ne participent pas à des expositions à Doha, Capitale culturelle arabe 2010, à l'ambassade du Qatar à Paris, au Salon des antiquaires d'Antibes ou, ce mois de novembre, à Antica Namur, c'est dans leur galerie installée près d'Avignon que Didier Luttenbacher et Eric Gasquet présentent les objets d'art et d'ameublement représentatifs de l'âge d'or des Arts décoratifs. Une sélection prestigieuse d'objets, de meubles et de luminaires pour des créations faites entre 1840 et 1900.
Sous le feu des projecteurs, ce vase et son plateau à décor orientaliste en émaux champlevés et bronze doré signé par le fabricant Ferdinand Barbedienne et dont le dessin du modèle est attribué à Louis-Constant Sévin. « Un objet rare réalisé à Paris aux alentours de 1870 », précise Eric Gasquet avant de poursuivre : « Un exemplaire identique se trouve en Russie au Palais Catherine. Il complétait alors le décor du Cabinet oriental que l'architecte Monigheti réalisa à partir des années 1850 pour le futur empereur Nicolas II. »
Création à quatre mains, c'est à son retour à Paris en 1855 que Louis-Constant Sévin accepte une place de sculpteur-ornemaniste, responsable de la création et de la production des meubles d'ameublement chez le fondeur, fabricant et éditeur Ferdinand Barbedienne. L'art de l'émail renaît, l'ornement polychrome est omniprésent dans les arts décoratifs, que sa source d'inspiration soit historique ou exotique « C'est dans les années 1855-1858 que la maison Barbedienne tente ses premiers essais, couronnés de succès quatre ans plus tard à l'Exposition universelle de Londres (1862) quand les objets d'art incrustés d'émaux qu'elle y présentait font sensation. L'époque les a improprement qualifiés d'émaux opaques cloisonnés affleurés à la manière des anciens alors qu'ils sont plus proches d'aspect des exemples champlevés médiévaux. »
Une innovation technique ? « Celle d'obtenir directement à la fonte le réseau des cloisons dont le dessin offre ainsi une netteté et une régularité irréprochable. » Pratiquée par les orfèvres des XIIe et XIIIe siècles, la technique consistait à creuser au burin ou à l'échoppe dans une plaque de métal assez épaisse (généralement du cuivre), des alvéoles destinées à recevoir l'émail. Les cloisons alors formées recevront ensuite une dorure au mercure.
Différente est la technique des émaux cloisonnés où le contour des motifs est cerné à l'aide d'une mince bandelette métallique soudée sur le champ du métal. Les alvéoles ainsi obtenues sont remplies d'émail et le tout est ensuite cuit puis poncé. Signalons un dérivé de cette technique : le cloisonné dit « à jour » ou « plique à jours » quand les alvéoles sont collées sur un support en cuivre fin dissous ensuite avec des acides. L'absence de fond permet alors des effets de transparence « Une technique développée par Fernand Thesmar qui fit également la réputation de la Maison Barbedienne, passée maître dans l'art des émaux opaques, cloisonnés et affleurés à la manière des anciens. »
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2011
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