mercredi 07 décembre 2011, 12:49
Si on leur demande les raisons de leur intérêt pour le mobilier et les objets d’art de style Charles X, Jean-François Taziaux et Vincent de Lange en soulignent la légèreté, la sensualité lumineuse des essences, la finesse de la marqueterie et le talent des ébénistes. Et de préciser : « Le style Charles X fait partie de ce qu’on appelle de nos jours la Restauration. Successivement, entre 1814 et 1840, tout d’abord Louis XVIII, puis Charles X n’auront de cesse de tenter de remettre en place une société dans l’esprit de celle de l’Ancien Régime, totalement remise en cause par un quart de siècle de bouleversements dans tous les domaines. »
L’élégance
des lignes et des bois
Pour ces antiquaires, membres de la Chambre royale des antiquaires et des négociants en œuvres d’art de Belgique, membres également du Syndicat national des antiquaires (SNA), Paris, présents à Antica Namur comme à la Brafa, « le style Charles X est caractérisé par l’usage des bois blonds privilégiés à l’acajou. Ainsi le frêne, la loupe d’orme, l’érable moucheté, le citronnier sont utilisés en placage sur l’extérieur des meubles. Tout un mobilier souvent rehaussé de motifs de marqueterie – filets, palmettes et branchages fleuris, rosaces, rinceaux feuillagés et arabesques – des bois sombres d’amarante et de palissandre ». A moins que ce ne soit l’inverse quand, à l’opposé d’ébénistes tels les frères Bellange, Félix Raymond (l’ébéniste attitré de la duchesse de Berry), Baudry et surtout Jacques Werner, Louis-Edouard Lemarchand (auteur du cercueil destiné à ramener les cendres du prisonnier de Sainte-Hélène) réalise des meubles tout en acajou et placages d’acajou marquetés de clairs filets, rosaces et palmettes en citronnier…
Autre caractéristique de ce style : l’élégance des formes. Ainsi les fauteuils gondoles sont portés par des pieds intérieurs en console et extérieurs en sabre. Les tables à ouvrage aux nombreux casiers voient leurs pieds se terminer par des griffes en bronze. Les méridiennes se parent de montants à volute et petits pieds en bulbe. Toujours réalisés dans la grande tradition d’une pure ébénisterie : ni colle ni clou mais tenons, mortaises et queues d’aronde !
De découvertes
en coups de cœur
Les objets d’art bénéficient également de cette grande diversification… « Tant dans les formes que dans les matériaux utilisés ! C’est ainsi qu’apparaissent les opalines, certains types d’objets en cristal taillé, les sulfures ou encore les pièces en nacre taillé montées pour les plus luxueuses en bronze finement doré et ciselé. »
Que découvrir encore ? Une gracieuse paire de méridiennes dont l’un des dossiers s’incline grâce à un mécanisme aussi ingénieux que discret. Une collection de commodes de forme sarcophage destinées au rangement du trousseau de la mariée dont l’une a appartenu au baron François Empain. Un coffret de voyage en placage de palissandre marqueté de citronnier et signé sur sa serrure Alphonse Giroux. « Un célèbre tabelier et ébéniste installé dans le quartier Saint-Honoré à Paris d’où il fournissait une riche clientèle ! » Puis il y a cette pièce rare, cette boîte à jeux d’extérieur en placage de citronnier présentant sur son couvercle un cartouche chiffré sur fond de nacre. Qu’y trouver lors des séjours dans la maison de campagne ? « Un jeu de quilles, un diabolo, un jeu de cornets et un jeu de volants, une corde à sauter, trois toupies, une paire de dés, un palet, un bilboquet et une prise de toupie ! Le tout en palissandre, citronnier, ébène, ivoire, bois noirci tourné, gravé, sculpté et incrusté. » Et si vous vous demandez pourquoi l’intérieur est peint en vert, couleur traditionnelle des garde-manger, c’est simplement pour protéger ces trésors de l’humidité.
www.lecouventdesursulines.be.
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2011
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