Les monnaies du pouvoir

EGGERICX,LAURE

L'histoire est émaillée de pièces, vecteurs de l'autorité et de la toute-puissance des hommes. Pourtant, qu'ils fussent tsars, rois de France ou empereurs romains, la symbolique est restée semblable au fil du temps…

La vente du 10 décembre chez Elsen permet de visualiser la manière dont les hommes de pouvoir ont utilisé la monnaie pour l'étendre encore davantage. Petit tour d'horizon qui brasse l'histoire, de Rome au XIXe siècle. Commençons par un aureus de Commode Auguste, une pièce très rare présentant le portrait de l'empereur (estimation : 7.500 euros). Commode, le bien mal nommé, fut empereur de 180 à 192. L'histoire retient de lui un empereur cruel, sanguinaire et mégalomane. Son règne termine l'ère des « cinq bons empereurs ». Sa propre fin est d'ailleurs à l'image du climat de méfiance qu'il fit régner autour de lui puisqu'il se fit étrangler dans son bain par son maître d'armes alors qu'il venait d'échapper à une tentative d'empoisonnement de la part de ses proches

Les bien nommés

Pour la France, on remarquera un rarissime florin d'or à la reine sur lequel Philippe IV le Bel (1285-1314) est représenté autoritaire, à l'image de son règne, assis de face en majesté, tenant le sceptre et une fleur de lis entre deux lis. Surnommé roi de marbre ou de fer, c'est selon, il présidait les assemblées sans dire un mot mais savait prendre des décisions en tranchant sans appel. Son règne est marqué par un accroissement de l'autorité royale, un affranchissement de l'autorité pontificale, un développement de l'administration et une extension du domaine sous contrôle royal. Cette pièce sera mise aux enchères 12.500 euros.

En Flandre, on notera un noble d'or frappé à Gand et Malines en 1388-1404 à l'effigie de Philippe le Hardi (estimation 3.500 euros). Bien culotté que celui qui n'étant que « duc » (de Bourgogne), n'hésita pas une seconde à se faire représenter, comme sur les monnayages royaux de l'époque, en armes sur un bateau, prêt à traverser la Manche pour aller guerroyer ! De son vrai nom Philippe II de Bourgogne, il doit son surnom au roi d'Angleterre pour son comportement valeureux lors de la bataille de Poitiers en 1356. Il fut le plus puissant des « sires de fleurs de lys », tenant sous son autorité la Flandre, l'Artois et leurs appartenances ainsi que le duché et le comté de Bourgogne. Il ouvrit une page prestigieuse de l'histoire de la Bourgogne et de la dynastie des Valois de Bourgogne qui régna plus d'un siècle.

L'aigle déploie ses ailes

La période pendant laquelle la Transylvanie fut sous le joug des Habsbourg est très clairement illustrée par ce ducat de l'empereur Joseph Ier frappé en 1711 à Hermannstadt (Sibiu). On y voit l'empereur en cuirasse et manteau d'hermine tenant sceptre et globe crucifère, autant de symboles de l'autorité. Cette pièce rarissime porte une estimation de 10.000 euros. Et, sans doute le lot le plus convoité de la vente : une monnaie de 12 roubles de platine émise à Saint-Pétersbourg en 1832. Elle présente l'aigle bicéphale impérial tenant ses attributs habituels. Elle est estimée 35.000 euros. Ce type de monnaie a été émis de 1828 à 1855, sous le règne de Nicolas Ier, celui qu'on surnomma le « gendarme de l'Europe », et qui fut tsar de Russie de 1825 à 1855, date de sa mort lors de la guerre de Crimée. D'autres pièces, avec bien d'autres thématiques, figurent au palmarès de cette vente qui navigue du monde celte à l'Arménie et à la Belgique en passant par l'Inde, l'Afrique du Sud, le Japon ou la Thaïlande.


© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2011
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