mercredi 14 décembre 2011, 10:15
Membre de la Chambre royale des antiquaires de Belgique, Marcel Niels est auteur internationalement reconnu de nombreux catalogues et articles. Il coordonne au sein de sa galerie de précieuses archives relatives aux cultures de l'Asie du Sud-Est, de Thaïlande, du Cambodge, du Laos et du Myanmar, participe depuis vingt-cinq ans à la European Fine Arts Fair (Tefaf) de Maastricht et compte parmi sa clientèle de prestigieux musées tels le Metropolitan Museum de New York, le British Museum de Londres et, à Zurich, le Rietberg Museum.
Exposition thématique cet hiver avec une trentaine de pièces représentatives de l'art d'Asie, choisies dans des collections privées pour leur rareté, la vivacité de leur expression et la haute qualité de leur exécution.
Une fleur emblématique
Si on lui demande pourquoi ce titre Om Mani Padme Hum, Marcel Nies explique que le lotus est le joyau de la création et qu'il contient l'essence de l'enseignement de Bouddha. « Ce mantra est amplement utilisé en association avec Sadaksari, une émanation d'Avalokitèsvara, le bodhisattva de la compassion. Il est gravé dans la pierre, écrit sur des papiers insérés dans les moulins à prières ou encore ponctue les refrains des textes sacrés. Prononcer Om Mani Padme Hum ou lire le mantra appelle l'attention bienveillante et la bénédiction d'Avalokitèsvara. »
Dans l'histoire de l'art de l'Asie, le padma est un symbole essentiel de pureté et ces trônes de lotus sur lesquels sont représentées les divinités soulignent leur origine divine.
La parenthèse Koh Ker
En exergue, cette tête d'une déesse plus grande que nature. « Elle date de la période dite Koh Ker, du nom de la nouvelle capitale du Cambodge transférée vers le nord-est d'Angkor durant la deuxième moitié du Xe siècle. Quand, en 921, Jayavarman IV se révolte contre l'autorité, divise le royaume et crée sa capitale. Soit un complexe royal riche d'un nombre impressionnant de temples »
Précision historique : cette période Koh Ker (circa 921-945 AD) fut, dans le domaine des arts et de la politique, une extraordinaire parenthèse dans l'histoire khmère. « Quant à cette déesse, elle a dû, vu sa qualité, faire partie d'une statue sculptée en ronde-bosse destinée au complexe des temples royaux du site du Koh Ker », précise Marcel Nies.
« Ce visage, à la présence majestueuse, est un exemple classique de l'idéal de beauté féminine khmer. Ses qualités esthétiques sont le fruit de l'harmonie des volumes et des formes, de la précision du modelage et du grain finement poli de la pierre. Sans oublier le charme de son sourire »
Et de souligner les motifs floraux sculptés dans le diadème et la coiffe, allusion au lotus padma, fleur symbole de l'acheminement spirituel vers l'illumination et, également, trône des divinités bouddhistes et hindoues tel ce bouddha du Bihar datant du IXe siècle. Le lotus fait en outre l'objet d'un concept rappelé dans les textes sacrés et récité, comme dans ce mantra « Om Mani Padme Hum ». A noter encore que ce signe sacré a été adopté par nombre de grandes civilisations de par le monde. Et qu'elles l'ont introduit dans leur art comme dans leur architecture.
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2011
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