mercredi 21 décembre 2011, 12:46
La Ligue des Gentlemen extraordinaires a fait un carton au cinéma en 2003. Mais le réalisateur Stephen Norrington n'avait gardé de l'univers de la bande dessinée qu'une galerie d'images chocs. Aujourd'hui, la galerie bruxelloise Champaka met en vente au Sablon les véritables images de Gentlemen. Ils retrouvent d'un coup la force occulte de l'étrangeté sous le pinceau noir de Chine de Kevin O'Neill.
Le dernier album paru en français, 1969, catapulte les personnages de la Ligue dans le swinging London des sixties avec un humour pop-rock jubilatoire.
Tout heureux d'être exposé dans la capitale mondiale de la bande dessinée, O'Neill nous a dit son ravissement de voir le ciel lui tomber sur la tête : « C'est la première fois qu'on vend mes originaux sur le continent européen ! Je le ressens comme un honneur et une libération ! »
Dans ces dessins, de vrais et de faux groupes mythiques de l'histoire du rock composent la B.O. Les Rutles ont vraiment enregistré. Les Purps ne sont qu'une caricature des Stones. En concert de papier à Hyde Park, ils célèbrent la mort de Basil Thomas plutôt que celle de Brian Jones et lâchent des chauves-souris sur les fans, là où Mick Jagger ouvrait des cartons de papillons blancs
« On doit faire attention à rester à cheval sur la ligne rouge sans jamais la franchir, raconte Kevin O'Neill. J'ai appris le goût de la parodie dans le Mad (le magazine américain, pas le supplément du Soir) et Archie Comics. Ils étaient poursuivis tout le temps ! Là je me suis permis de réécrire à l'acide les paroles du « Sympathy for the Devil » des Stones et de jouer avec des chauves-souris. Il y a aussi, un peu plus loin, des planches punks inspirées par Siouxsie and the Banshees ».
Des dessins sans additifs
Le psychédélisme habite parfois le trait, au point de se poser la question de savoir si l'artiste n'a pas créé sous influence.
« Non, ce n'est pas dans la tradition anglaise de la bande dessinée. Il n'y a jamais eu de vrais comics psychédéliques comme dans l'underground américain ou français. A Londres, on était hippie le week-end et on remettait son costume-cravate pendant la semaine ! J'ai dessiné ces planches sans additifs ! Et je n'ai pas d'admiration particulière pour la culture hippie. On présente un peu trop facilement cette période comme celle de la libération de la femme. J'avais 16 ans en 1969 et je peux dire que j'ai vu des femmes traitées de manière abominable sous l'effet des drogues. »
La force de Kevin O'Neill, c'est l'efficacité qu'il réussit à mettre dans son dessin. Son trait épure le chaos littéraire et philosophique des Gentlemen. O'Neill rend l'écriture du mage des comics, Alan Moore, directement intelligible. Dépouillées des couleurs héroïques de la bande dessinée, les planches trouvent une vie et une profondeur immédiates.
La Ligue des Gentlemen extraordinaires
jusqu'au 30 décembre, du mercredi au samedi de 11 h à 18 h 30, le dimanche de 10 h 30 à 13 h 30, 27 rue Ernest Allard, 1000 Bruxelles. Entrée gratuite. Infos : www.galeriechampaka.com
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2011
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