Un nouveau record pour Pierre Bruegel le Jeune !

VOUET,JEAN

Un acheteur anonyme a payé un peu plus de 8 millions pour cette représentation de la « Bataille entre Carnaval et Carême », une des cinq versions connues. C'était le 6 décembre 2011 chez Christie's à Londres.

Dans la famille Bruegel, je voudrais le fils ! Oui, mais lequel ? Pierre Bruegel l'Ancien eut en effet deux rejetons. Pieter et Jan, jadis surnommés Pierre d'Enfer et Jean de Velours. Tandis que le second s'adonna principalement à l'art du paysage et de la nature morte, le premier suivit les traces de son père dans la représentation de scènes villageoises. La demande était telle que Pierre II était aidé par un atelier prolixe, ce qui explique le nombre important de tableaux portant sa signature qui nous sont parvenus.

Alors que les meilleures versions sont de la main du maître, les plus médiocres furent produites quasiment à la chaîne Il faut aussi reconnaître que Pierre le Jeune est passé à côté des innovations de l'art de son époque, ignorant le baroque et se situant dans un registre purement anecdotique qui tranche avec son concitoyen Pierre-Paul Rubens.

Ambition

La présente composition est dérivée d'un tableau de Pierre l'Ancien, actuellement conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne. Cinq versions posthumes en sont connues, dont trois sont considérées comme étant de la main du fils, l'une d'elle étant d'ailleurs accrochée aux cimaises des Musées royaux des beaux-arts à Bruxelles. La présente version est bien connue du marché puisqu'elle est apparue en vente publique en 1993, en 1996, et en 2006. Le dernier prix atteint était de 3.256.000 livres sterling, soit un peu moins de la moitié du prix réalisé le mois passé Cette composition est l'une des plus ambitieuses de Bruegel, avec son catalogue de poses et de saynètes souvent grotesques.

Combat

Le duel se joue au premier plan, entre un homme personnifiant le Carnaval, sous les traits d'un bon vivant enfourchant une barrique de bière et une femme mince et longue à la mine grise et entourée de plats maigres figurant le Carême.

Derrière chacune de ces caricatures s'ébranle un cortège de personnages pieux accomplissant les actes de charité au sortir d'une église pour la fête religieuse, de fous et de malades pour la fête païenne. A l'arrière-plan, tandis que certains vaquent à des occupations quotidiennes, indifférents à la fête qui les entoure, d'autres se chauffent autour d'un feu ou dansent. Coloré, vivant, mettant en scène une foule de personnages cocasses, ce tableau de Bruegel avait tout pour plaire une fois de plus, d'autant que son format est impressionnant : près de 120 par 171 centimètres !


© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2011
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