L'Art belge à Londres

VOUET,JEAN

Le 8 février, Christie's organise deux ventes ou plusieurs artistes belges sont représentés.

L'Art belge est loin d'être un fer de lance des ventes impressionnistes et modernes internationales, sauf lorsqu'il s'agit des grands maîtres que sont James Ensor, Fernand Khnopff, Théo Van Rysselberghe dans sa grande période ou encore René Magritte. Lorsqu'il s'agit d'œuvres de premier plan, ils ont même les honneurs de la vente en soirée, réservée aux œuvres les plus chères. Par contre, leurs œuvres plus courantes sont vouées aux ventes diurnes du lendemain et elles rejoignent alors les œuvres d'autres compatriotes qui sont ponctuellement achetées par des amateurs étrangers.

C'est le cas de Léon Spilliaert, de plus en plus souvent présent à Londres et à Paris, ou encore des œuvres d'artistes belges ayant eu une certaine reconnaissance du marché hors de nos frontières à un moment donné ou, plus prosaïquement, des œuvres ayant été exportées au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis et dont la valeur ne justifie pas toujours le voyage vers la Belgique.

Une seule œuvre date de la période Fin de siècle . Il s'agit d'une huile sur toile exécutée par Georges Lemmen vers 1896-1897. S'apparentant au mouvement français Nabi par son style, elle représente deux femmes sur un manège de chevaux de bois. Estimée entre 80.000 et 120.000 livres (soit environ entre 90.000 et 130.000 euros), elle n'était plus apparue sur le marché public depuis dix ans lorsqu'elle avait été proposée chez Sotheby's à Amsterdam en décembre 2011 avec une estimation nettement supérieure.

Après 1900

Bien que la plupart des œuvres dont il est question ici datent des débuts du XXe siècle, elles trouvent leur inspiration au siècle précédent. Ainsi, ces Ruines de château Gaillard, une toile signée Anna Boch et que celle-ci peignit en 1903. Le catalogue mentionne une estimation entre 12.000 et 18.000 livres.

Mélisande, un délicat pastel et crayon sur papier dessiné par Fernand Khnopff en 1907, est estimé entre 30.000 et 50.000 livres. Tout comme le lot suivant, il provient d'une famille belge qui le possède depuis près d'un siècle. Dans la neige, un pastel sur papier réalisé vers 1916 figure au catalogue avec une estimation de 6.000 à 8.000 livres. Il s'agit des deux seules œuvres belges sur papier proposées par Christie's le 8 février, avec un autoportrait de 1916 par Théo Van Rysselberghe (3.000 à 5.000 livres).

Pour le reste, la maison de ventes de King Street disperse deux tableaux de Léon De Smet, un artiste néo-impressionniste qui continua à pratiquer une peinture aussi ensoleillée que facile jusque dans les années 1960 ! Femme dans une chemise verte, une grande toile peinte en 1914 dans un esprit néo-impressionniste, mais sans le talent des maîtres du genre, est valorisée entre 220.000 et 320.000 livres. Il s'agit d'une estimation audacieuse pour cette « grande tartine », mais tout est possible, tant les avatars locaux des mouvements internationaux ont leurs aficionados.

Quant à la Nature morte devant la fenêtre, peint à Deurle dans les années 1950 par le même Léon De Smet, Christie's en espère entre 25.000 et 35.000 livres. Ce ne sera pas facile, sauf si un joueur prend le risque de l'acheter pour la remettre en vente en province flamande. Un jeu qui s'avère de plus en plus dangereux par les temps qui courent Non seulement, les amateurs commencent à se renseigner sur les sites qui publient les résultats des ventes publiques en ligne, mais ils se détournent de plus en plus de ce qui faisait jadis la fierté de tout intérieur bourgeois.


© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2011
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