Marché de l'art A Tour et Taxis

Un salon de l'antiquité riche sur fond de crise

LEGRAND,DOMINIQUE;GILLEMON,DANIELE

La peinture moderne, valeur refuge, abonde, très à l'aise parmi les antiquités ! Un paradoxe bien assumé.

Pratique

Brussels Antique and Fine Arts Fair.

Tour et Taxis, Bruxelles.

Du 23 janvier au 1er février. www.brafa.be

02-513.48.31

Un bon cru. Une offre riche, nourrie, où la peinture – surtout moderne ! – se taille la part du lion, où le meuble se fait plus rare, où le 18e autrefois si prisé s'écrase un peu. Moins d'antiques, moins d'art tribal, mais triés sur le volet par quelques marchands qui rivalisent de beauté dans l'art précolombien, égyptien de haute époque, gréco-romain et africain.

Picasso, Ensor, Klimt, Rodin, Degas, Jonkind, Poliakoff, Dufy, Herbin, Magritte. La Foire des antiquaires abonde en bonnes pièces des ténors de l'art moderne belge et international, voire en pièces exceptionnelles où les prix, forcément, cognent. La sculpture moderne est présente avec d'excellents bronzes de Laurens, de Zadkine, de Marino Marini, d'Henry Moore. Tous trouvent refuge dans ces foires d'antiquités de meilleure compagnie, souvent, que les contemporaines.

Rêveur

Un salon aussi nanti en pièces de choix laisse rêveur. Effet de la crise ? Pour un antiquaire parisien – la France occupe largement les rangs des galeries étrangères –, cette abondance de bien(s) supposerait que les vendeurs passent facilement à l'acte quand les acquéreurs, eux, se font désirer et que les marchands attendent. Comment expliquer autrement qu'entre deux foires, certains stands fassent montre d'une offre aussi exceptionnelle ? Sortent-ils la belle artillerie – noms, cotes, calibre muséal – pour prévenir les effets de cette crise ? Crise, connais pas, disent quelques-uns ! Et d'ajouter : « Ce sont les médias qui la font en partie, à force de la mettre à la une, jour après jour. »

La notion de valeur refuge est plus que jamais d'actualité. Elle ne concerne pas un secteur précis, affaire d'abord de qualité haut de gamme, de rareté, d'envergure muséale. Exemples ? Ce tableau d'Ensor baptisé « Fleurs fraîches et figures gaies », nature morte aux masques trônant sur une nappe au dessin insolite. Il date de 1937, révélateur de l'intérêt – discret – qu'Ensor portait à la symbolique des nombres, à la théosophie ! On peut lui préférer, plus classiquement, ce panel d'estampes de première qualité ou cette onctueuse marine. Ou cette mosaïque de Sonia Delaunay, cette série de quatorze sculptures murales en bois de Jean Arp, cette « Maternité » de Flouquet très représentative de la plastique pure en Belgique. Et cet étonnant Camille Bombois (« Le repos des gens du cirque » ), ou ce Rouault de première main, ce Grosz qui mêle la volupté d'un Renoir à la cérébralité d'un Juan Gris, cette gouache quasi surréaliste de Frits Van den Berghe (« Le Repos », 1925). Pour la fine bouche, il y a ce magnifique ensemble de gravures d'Hokusai et d'Hiroshige et ce remarquable tableau d'Hubert Malfait « Dimanche après-midi », de 1925. Les bonnes années. Autre critère en matière de valeur refuge.


© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2011
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